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Embaucher son premier employé en Suisse : le vrai parcours

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Embaucher son premier employé en Suisse : le vrai parcours

Engager son premier employé en Suisse mobilise trois chantiers en parallèle : un contrat écrit, trois affiliations d’assurances sociales et, selon le profil recruté, une autorisation de séjour. Comptez deux à quatre semaines entre la décision et le premier jour travaillé. Le point de passage obligé reste la caisse de compensation cantonale.

Ce que la première embauche change pour votre entreprise

Tant que vous travaillez seul, votre statut d’indépendant se règle avec une seule institution. Dès le premier salaire versé, votre société devient employeur au sens du droit suisse : elle prélève, elle déclare, elle répond des cotisations de son collaborateur devant l’administration. Un retard de déclaration ne se rattrape pas discrètement, il se solde par un arriéré assorti d’intérêts moratoires.

Le contexte de recrutement s’est détendu ces derniers mois. Selon l’indice de pénurie de main-d’œuvre qualifiée publié en novembre 2025 par Adecco Suisse et le Moniteur du marché de l’emploi de l’Université de Zurich, la tension a reculé d’environ 22 pour cent par rapport à 2024. Le nombre de postes vacants a baissé de 8 pour cent tandis que les inscriptions auprès des offices régionaux de placement progressaient de 17 pour cent. La santé, la construction et les métiers techniques restent en revanche sous pression.

Concrètement, vous avez plus de candidatures qu’il y a deux ans, et moins d’excuses pour recruter dans l’urgence.

Le contrat de travail : ce que la loi impose, ce qu’elle laisse ouvert

L’obligation d’information écrite

Le droit suisse valide un contrat de travail conclu oralement. Une poignée de main engage réellement les deux parties. L’article 330b du Code des obligations pose toutefois une limite : pour un engagement de durée indéterminée ou supérieur à un mois, l’employeur informe le travailleur par écrit, dans le mois qui suit le début des rapports de travail, sur le nom des parties, la date de début, la fonction occupée, le salaire, les suppléments éventuels et la durée hebdomadaire du travail. Toute modification ultérieure de ces éléments se communique également par écrit, dans le mois qui suit son entrée en vigueur.

Autre point : un contrat oral vous prive de toute marge de manœuvre sur les clauses supplétives. Sans écrit, la loi comble les silences à votre place.

Temps d’essai et délais de congé

Le temps d’essai dure un mois par défaut, selon l’article 335b du Code des obligations. Il peut être porté à trois mois au maximum par accord écrit, jamais au-delà, et ne se renouvelle pas. Pendant cette période, chaque partie résilie moyennant sept jours civils.

Après le temps d’essai, l’article 335c fixe les délais suivants, pour la fin d’un mois :

  • Première année de service : un mois
  • De la deuxième à la neuvième année : deux mois
  • Dès la dixième année : trois mois

Ces délais se modifient par accord écrit, convention collective ou contrat-type, sans jamais descendre sous un mois hors première année de service.

Durée du travail, vacances et salaire minimum

La loi sur le travail plafonne la semaine à 45 heures pour le personnel des entreprises industrielles, le personnel de bureau, le personnel technique et le personnel de vente des grandes entreprises de commerce de détail. Les autres travailleurs relèvent d’un plafond de 50 heures. L’article 329a du Code des obligations garantit quatre semaines de vacances annuelles au minimum, cinq semaines jusqu’à l’âge de vingt ans.

Certains cantons imposent en plus un salaire minimum légal. À Genève, la caisse cantonale de compensation retient 24,59 francs de l’heure pour 2026 dans le régime général. Vérifiez systématiquement le droit cantonal et l’existence d’une convention collective sectorielle avant d’annoncer une rémunération : une convention étendue s’impose à vous, même sans y avoir adhéré.

Bureau vide avec chaise, ordinateur portable fermé et carnet, préparé pour l’arrivée d’un nouveau collaborateur

Les trois affiliations à ouvrir avant le premier salaire

La caisse de compensation

C’est le guichet central de l’employeur suisse. Elle encaisse les cotisations AVS, AI et APG, la contribution à l’assurance chômage et les allocations familiales. L’affiliation se demande auprès de la caisse cantonale de votre siège, ou auprès de la caisse professionnelle si votre branche en possède une.

Le taux AVS, AI et APG s’établit à 10,6 pour cent en 2026, réparti par moitié entre l’employeur et le salarié, soit 5,3 pour cent chacun. La cotisation à l’assurance chômage se monte à 1,10 pour cent pour chaque partie jusqu’à 148 200 francs de salaire annuel. Les allocations familiales, elles, sont entièrement à la charge de l’employeur et leur taux varie d’un canton à l’autre.

Précision utile pour les petits mandats : un salaire annuel inférieur ou égal à 2 500 francs peut être exonéré de cotisations, sauf si le salarié demande expressément leur prélèvement.

L’assurance accidents

Tout salarié doit être assuré contre les accidents professionnels, dès la première heure travaillée et sans condition de durée. L’assurance des accidents non professionnels obéit à une règle différente : elle devient obligatoire à partir de huit heures de travail hebdomadaires chez le même employeur, selon l’article 13 de l’ordonnance sur l’assurance-accidents. En dessous de ce seuil, le salarié couvre lui-même ses accidents de loisirs via son assurance maladie.

La prime des accidents professionnels reste à votre charge. Celle des accidents non professionnels se déduit en principe du salaire du collaborateur.

La prévoyance professionnelle

Le deuxième pilier devient obligatoire au-delà du seuil d’entrée, fixé à 22 680 francs de salaire annuel en 2026. La déduction de coordination s’élève à 26 460 francs, le salaire coordonné maximal à 64 260 francs, la limite supérieure du salaire annuel soumis à 90 720 francs. L’assurance des risques décès et invalidité démarre le 1er janvier qui suit le dix-septième anniversaire, l’épargne vieillesse le 1er janvier qui suit le vingt-quatrième.

AffiliationCe qu’elle couvreÀ qui s’adresser
Caisse de compensationAVS, AI, APG, assurance chômage, allocations familialesCaisse cantonale du siège ou caisse professionnelle
Assurance accidentsAccidents professionnels dès la 1re heure, non professionnels dès 8 h/semaineSuva ou assureur privé selon la branche
Institution de prévoyanceVieillesse, décès, invalidité au-delà du seuil d’entréeFondation collective, caisse de branche ou institution supplétive

À cette liste s’ajoute l’impôt à la source pour les collaborateurs étrangers sans permis d’établissement : vous le retenez sur le salaire et le reversez à l’administration fiscale cantonale.

Classeurs de couleurs et dossiers administratifs alignés sur une étagère de bureau suisse

Le coût réel d’un premier salaire

Le salaire brut annoncé au candidat ne représente jamais votre dépense réelle. Additionnez la part patronale des assurances sociales, les allocations familiales, la prime d’accidents professionnels et la cotisation de prévoyance : le coût employeur dépasse couramment le brut de 15 à 20 pour cent, selon le canton, l’âge du salarié et le plan de prévoyance choisi.

Trois postes échappent souvent aux prévisions de la première année :

  • Les jours d’absence, maladie et accident confondus, que vous continuez de payer selon l’échelle applicable à votre canton
  • Le matériel et le poste de travail, du portable au logiciel métier, rarement budgété avant l’arrivée
  • Le temps du dirigeant, consacré à la formation initiale du collaborateur pendant plusieurs semaines

Intégrez ces montants dans votre prévision de trésorerie avant de signer, pas après. Un premier salaire engage douze mois de charges fixes minimum, avec un préavis qui vous lie autant que lui.

Recruter un profil venu de l’étranger

Les ressortissants de l’Union européenne et de l’AELE bénéficient de la libre circulation. Pour une activité de courte durée, jusqu’à trois mois ou 90 jours par année civile, une simple procédure d’annonce en ligne suffit : la déclaration doit être déposée au plus tard la veille du début de l’engagement. Au-delà, le collaborateur sollicite un permis de travail auprès des autorités cantonales de migration, en général un permis L pour douze mois au maximum ou un permis B valable cinq ans et renouvelable.

Pour un ressortissant d’un État tiers, la logique change radicalement. L’admission reste soumise à un contingent fédéral, à une qualification élevée et à la démonstration que le poste n’a pas pu être pourvu en Suisse ou dans l’espace européen. Le dossier passe par l’autorité cantonale du marché du travail puis par le Secrétariat d’État aux migrations. Prévoyez plusieurs semaines et un dossier argumenté sur la recherche préalable.

Badge d’accès vierge et son cordon posés sur un comptoir d’accueil d’entreprise

L’obligation d’annoncer certains postes vacants

Cette règle surprend encore beaucoup de dirigeants romands. Les emplois relevant de genres de professions dont le taux de chômage atteint ou dépasse 5 pour cent doivent être annoncés aux offices régionaux de placement avant toute publication. Les demandeurs d’emploi inscrits disposent alors d’un accès exclusif de cinq jours ouvrables.

Le périmètre s’élargit nettement pour 2026. Selon le Secrétariat d’État à l’économie, la liste couvre désormais 10,8 pour cent des personnes actives, contre environ 6,5 pour cent l’année précédente. Les cuisiniers et les agents d’entretien de bureaux et d’hôtels y font notamment leur entrée. L’outil Check-Up mis à disposition sur la plateforme travail.swiss indique en quelques clics si votre annonce tombe sous le coup de l’obligation.

Publier un poste soumis à annonce sans passer par l’office régional expose l’entreprise à une sanction. La vérification prend deux minutes.

Cinq erreurs qui coûtent cher la première année

Les entrepreneurs débutants répètent les mêmes glissements dès qu’ils passent employeur :

  • Affiliation tardive à la caisse de compensation, régularisée ensuite avec intérêts moratoires
  • Temps d’essai mal rédigé, prolongé au-delà de trois mois ou renouvelé, donc nul
  • Convention collective sectorielle ignorée, alors qu’elle fixe salaires minimaux et vacances
  • Certificat de salaire produit en retard ou incomplet, ce qui bloque la déclaration fiscale du collaborateur
  • Absence de description de fonction écrite, source de litige au moment de la séparation

Un fiduciaire prend en charge salaires, décomptes et déclarations annuelles pour un forfait mensuel modeste au regard du risque évité. Les tarifs pratiqués en Suisse restent lisibles dès lors que vous transmettez des justificatifs propres.

Structurer le rôle avant de publier l’annonce

Une embauche réussie se joue en amont du recrutement. Écrivez noir sur blanc les cinq tâches que le poste absorbe, le résultat attendu à six mois, et ce que vous cessez personnellement de faire une fois le collaborateur en place. Sans cette clarté, vous recrutez une paire de bras pour un besoin flou, et vous refaites le travail vous-même trois mois plus tard.

Le passage de dirigeant solo à employeur demande aussi des compétences nouvelles : entretien, cadrage, feedback, gestion d’un désaccord. La formation continue des dirigeants couvre ces sujets en modules courts, souvent subventionnés au niveau cantonal.

Si votre société n’est pas encore constituée, réglez d’abord la question du statut juridique : les obligations d’employeur diffèrent peu, mais votre responsabilité personnelle, elle, dépend directement de la forme choisie lors de la création de l’entreprise.

Prochaine étape

Ouvrez votre affiliation à la caisse de compensation cantonale, demandez une offre à deux assureurs accidents et à deux institutions de prévoyance, puis rédigez le contrat avant de diffuser l’annonce. Ces trois actions tiennent en une semaine et sécurisent l’ensemble du parcours. Le premier jour de votre collaborateur se prépare quatre semaines avant qu’il ne franchisse la porte.